Une librairie Gibert Joseph dans le quartier latin à Paris le 1er février 2025 ( AFP / Sébastien DUPUY )
Les librairies Gibert, emblématiques du Quartier latin à Paris, vont demander leur placement en redressement judiciaire en raison du "déclin du marché des livres neufs" et veulent désormais se concentrer sur l'occasion.
Cette décision, annoncée lundi, illustre les difficultés des librairies dans un contexte de recul global de la lecture et de concurrence des sites de vente sur internet.
Employant 500 personnes, Gibert exploite dans douze villes 16 magasins, dont cinq à Paris.
Ce réseau, qui se revendique premier libraire indépendant de France, va "solliciter la protection du tribunal des activités économiques de Paris par l'ouverture d'une procédure de redressement", qui sera examinée mardi, a-t-il indiqué dans un communiqué.
Cette procédure lui permettra de poursuivre l'activité de ses magasins avec un gel des dettes et la garantie des salaires.
Le groupe explique que son "modèle actuel est pris dans un effet ciseau entre l'explosion de ses coûts fixes (loyers, énergie) et le déclin du marché des livres neufs avec une compression des marges sur ce marché".
Une librairie Gibert Joseph dans le quartier latin à Paris le 1er février 2025 ( AFP / Sébastien DUPUY )
Pour assurer sa pérennité, Gibert entend revenir à "son ADN historique", la vente de livres d'occasion, car c'est "un marché porteur qui connaît 10% de croissance par an et offre une meilleure maîtrise de la chaîne de valeur et des marges".
Son objectif est donc de "devenir le leader français du livre d'occasion", en doublant la part de ses ventes d'ici 2029", de 30 millions d'euros en 2025 à 60 millions. Ce segment a représenté l'an passé 35% de son chiffre d'affaires annuel de 86 millions d'euros.
- Boom de l'occasion -
Une librairie Gibert dans le quartier latin, à Paris, le 1er février 2025 ( AFP / Sébastien DUPUY )
L'occasion est un secteur qui connaît depuis plusieurs années une croissance importante, mais l'essentiel du marché est capté par des plateformes en ligne comme Amazon, au détriment des librairies physiques.
"Ce qui arrive à Gibert est inquiétant mais ce n'est pas une surprise", a réagi Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française. "De nombreuses librairies n'arrivent plus à couvrir leurs charges, notamment celles du personnel qui représentent environ 20% du chiffre d'affaires alors que la rentabilité est autour de 1%", explique-t-il à l'AFP.
"Il faut éviter la contagion et, pour cela, il faut que les éditeurs et les pouvoirs publics s'engagent", selon lui.
Les ventes de livres neufs dans les librairies ont reculé d'environ 5% au premier trimestre, selon le syndicat.
"Les temps sont durs", car de nombreuses librairies ont vu "leur fréquentation baisser au début de l'année", a déploré la libraire parisienne Marie-Rose Guarnieri, animatrice de la Fête de la librairie indépendante, organisée samedi dernier dans 700 librairies en France, Belgique, Suisse et Luxembourg.
Parmi les grandes librairies en difficulté, figure Sauramps, une institution de Montpellier qui, malgré 80 ans d'existence, est confrontée à de fortes difficultés financières.
Pour la direction de Gibert, "la période que nous connaissons tous est complexe, mais nous avons de vrais atouts pour réussir notre projet de transformation".
"Gibert est une marque forte au savoir-faire solide, qui a toujours su se réinventer au gré des crises qui ont traversé son histoire depuis 1886", a-t-elle assuré.
Le groupe, qui avait été séparé en deux enseignes (Gibert Joseph et Gibert Jeune) jusqu'en 2017, se présente comme "la première librairie et le premier disquaire généraliste indépendant de France avec plus de 500.000 références neuves et d'occasion", vendant aussi des vidéos et de la papeterie dans certains de ses magasins.
Depuis 2020, l'enseigne a tenté de s'adapter en développant l'e-commerce, en renégociant les loyers de ses magasins ou en fermant certains d'entre eux. Il avait ainsi provoqué un choc en 2021 en baissant le rideau de quatre de ses librairies qui animaient la place Saint-Michel, en plein cœur de Paris.
Le groupe a gardé au Quartier latin, où le nombre d'étudiants a fondu ces dernières décennies, une grande librairie située près de l'université de la Sorbonne. Il y a aussi ouvert en 2025 un espace consacré à la romance, genre littéraire en vogue.

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